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LES ÉCHAPPÉES BELLES

 

 

 

 

 

 

ULYSSE

James Joyce

 

                On peut acquiescer à la formule, incontestable et ressassée, de Nicolas Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. » On peut opiner du chef lorsque, s’agissant de l’écriture, Flaubert – à moins que ce ne soit Daudet – préconise « l’élégance sans affectation, la concision sans sécheresse ». On doit applaudir quand Antoine de Rivarol conseille avec sagesse de « ne pas faire grincer les ressorts du langage ». Cela n’empêche pas, à moins d’être sectaire, blanchi comme un sépulcre, de prendre plaisir à la lecture d’Ulysse et de rire de bon cœur à certains passages aux accents rabelaisiens.

                Il en va de la grammaire et de la syntaxe, du point de vue et de l’unité d’action, comme de la loi et des institutions. Bien qu’indispensables à la vie policée ainsi qu’à la juste expression d’un patrimoine précieux, leur lourdeur sécrétée par la recherche de la sécurité, par le besoin naturel d’être rassuré, ankylose et indispose dès que l’enthousiasme languit. Au contraire, vouloir s’affranchir des lois est une marque d’infantilisme et un cache-misère. Il faut le talent de Joyce pour donner de la beauté à la licence. Sinon, comme lui-même le dit : «Vous croyez vous échapper et c'est sur vous que vous tombez. »

                Une seule journée de la vie de Léopold Bloom, modeste employé à Dublin en 1904, suffit à récapituler l’histoire chaotique d’Ulysse et de l’humaine condition. Aucun autre événement remarquable ici que le changement radical de style à chaque tranche de son emploi du temps – et plus qu’à un changement de style, c’est à un changement d’écrivain auquel nous assistons sous la même plume. Il nous parle de « cartes d'abonnement valables sur toutes les lignes de tram », de « cercles de tonneaux brisés au bord de l’eau », de philosophes et de bistrots. Nous apprenons que « chez Rodot, Yvonne et Madeleine refont leur beauté fripée, dents aurifiées qui broient des chaussons ». Nous voyons s’épanouir les pensées dans les cerveaux, nous cassons le temps comme une coque de noix.

                James Joyce nous éclaire sur nos origines : « Femme, dégrafant avec une aimable pudeur sa ceinture de roseaux, offre la toute moiteur de son yoni au lingam d'homme. Un moment après, homme apporte à femme des côtelettes de léopard. Femme exprime sa joie et se fait belle avec peaux de plumes. Homme fait brutalement l'amour à son yoni avec son gros lingam, le dur. (Il crie.) Coactus volui. Alors femme volage veut aller ci veut aller là. Homme fort saisit femme par le poignet. Femme glapit, mord, fait put-put ! Homme qui est dans colère bleue tape sur gras yadgana de femme. »

                Il esquisse le sens de notre impayable odyssée : « La vie c'est beaucoup de jours. Mais tout a une fin. » Même son lourd, son épais, son encombrant livre. « Et ils le virent Lui, Lui-même, Ben Bloom Élie, monter parmi des tourbillons d'anges vers la gloire de la lumière à un angle de quarante-cinq degrés au-dessus de chez Donohoe, Little Green Street, comme une pleine pellée de poussier. » Bref, résumé impossible, vous l’aurez compris. À qui devrais-je des compliments à inflation ? Au traducteur et aux réviseurs de traduction. Vive Auguste Morel, et Valery Larbaud, Stuart Gilbert et l’omnipotent James Joyce !

 

 

 

 

 

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