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MES IDÉES POLITIQUES

Charles Maurras

 

                Chacun sait que penser présente un danger ; mais ne pas penser donne des escarres à l’âme : il faut choisir. Contre la langue de bois, l’euphémisme, le prêt-à-porter conceptuel, les anathèmes lancés par les « agités du bocal » ; contre les approximations, le « parler correct » et la cruelle douceur de notre époque, cela fait du bien de prendre une autre direction, d’entendre un autre son de cloche et de provoquer les adorateurs des différences sur leur propre terrain. Eux qui rejettent l’autorité, la hiérarchie et jusqu’aux fondements de la société qui les a engendrés ; eux qui préfèrent les émotions au réel, les fanfreluches de l’instant qui passe à l’étoffe éprouvée des siècles et le trop-plein d’amour de soi aux engagements de l’amour fidèle, seront servis avec ce recueil d’essais de Charles Maurras.

                Sa fameuse comparaison entre « le petit poussin qui vient de briser sa coquille et se met à courir » et le petit homme démuni qui pour son épanouissement va tirer tout le nécessaire de la civilisation dont il est le rejeton, semble éloquente en la matière. Pourra-t-on longtemps encore élever des enfants dans la croyance qu’ils n’ont que des droits, que tout leur est dû par ceux qui les accueillent ; et ne jamais leur enseigner qu’ils leur sont redevables et qu’ils ont pour devoir d’apporter une modeste pierre à l’édifice fragile du monde qu’ils reçoivent en partage et qu’on entretient depuis des générations ? Il s’agit d’apprendre à dire merci et à retrousser les manches au lieu de clamer : « Je veux ! » et de rafler la mise. Maurras démontre que gaspilleurs, ingrats, égoïstes, envieux et revendicateurs génèrent des systèmes politiques à leur image.

                Pierre Gaxotte, dans sa préface, nous incite à la prudence et nous prévient que l’on prête à cet écrivain, chef de parti, « des idées qu’il n’a jamais eues. On le fait partisan de politiques ou de régimes qu’il a combattus toute sa vie. Et quand on imprime une prétendue citation de ses œuvres, il y a gros à parier que c’est un contresens. » On pensera ce que l’on veut des solutions que propose Maurras, mais on ne feindra pas d’ignorer la pertinence de ses analyses historiques et des leçons qu’il en tire pour l’avenir. On prétend, par exemple, que les guerres du XXe siècle sont les avatars des nationalismes ; ne sont-elles pas plutôt ceux de la Révolution française ? Cinglant dans ses formules et rigoureux dans ses raisonnements, d’une solide culture, Maurras fait de l’ombre à nos pâles politiciens.

                Parce que, réaliste, il dénonce les idéologies et leurs dramatiques conséquences, sans doute figurera-t-il parmi les oubliés de notre littérature. Qui a peur du professeur Maurras ? Joseph de Maistre, dans ses Considérations sur la France, a pourtant bien écrit, comme en blanc sur noir, que « la contre-révolution ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution » ! Nous n’avons rien à craindre de lui. Le lire, réfléchir en sa compagnie est un exercice salutaire pour tous ceux qui remarquent combien les discours ambiants diffèrent de leur vie quotidienne. L’acte de résistance aujourd’hui le plus méritoire consiste à s’élever au-dessus de la mêlée pour embrasser l’ensemble et s’évader du détail hypnotique.

 

 

 

 

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