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LE CHAOS SENSIBLE

Theodor Schwenk

 

                Les volutes, les tourbillons et les vortex, figures à la fois mouvantes et fixes, subsistantes dans un milieu aquatique qui ne fait en apparence qu’épouser les contours de son canal ou de son réceptacle, ont inspiré les artistes celtes. Théodore Schwenk, ingénieur en hydraulique, se penche à son tour sur ces phénomènes. Avec lui, la mécanique des fluides confine à la poésie, grâce aux croquis et aux photographies en noir et blanc qui illustrent ses recherches ; à la biologie, pour autant que les liquides internes des organismes obéissent aux mêmes lois que l’eau dans la nature ; à la philosophie, à travers une réflexion sur les énigmes posées par la vie elle-même ; et à la spiritualité, puisqu’il doit beaucoup à Rudolf Steiner, sans jamais renoncer cependant à la rigueur scientifique de sa démarche.

                Le sous-titre de l’ouvrage : Création de formes par les mouvements de l’eau et de l’air résume sa thèse. De la simple goutte d’eau jusqu’au larynx humain où se réunissent «tous les mouvements dont se sert la nature pour engendrer ses innombrables créatures, et tous ceux que ces créatures peuvent accomplir », en passant par les courants et masses d’air, les nuages, les méandres, les interférences d’ondes et les nageoires des poissons, ces « formes de l’eau mobile incarnées dans l’organique », par la croissance des végétaux, les coquilles, les embryons, les galaxies et les chaînes de montagnes, les membranes, les os et les muscles, l’œil, le limaçon de l’oreille, Schwenk nous aide à mieux percevoir le monde en action : « Un seul et même principe formateur parle à travers l’architecture de l’organe, sa fonction et le milieu ambiant. »

                L’eau, « organe sensoriel », milieu « des échanges de substances », entre en rythme avec les mouvements qu’elle reçoit de l’air et qui l’informent : les vibrations d’un son dans un liquide y créent des tourbillons et autres esquisses d’organes que le Chaos sensible met en évidence ; les ailes des oiseaux semblent le reflet des courants qu’ils utilisent pour leur vol. «On retrouve dans l’oreille interne, cet organe si bien caché, un raccourci des lois du mouvement liquide. » Avec le larynx, enfin, Théodore Schwenk évoque la parole créatrice de l’homme et le souffle qui en de nombreux mythes donne vie, puis il nomme, en s’arrêtant à cette frontière que la science ne franchit pas, le « Verbe universel qui engendre l’homme et la nature en utilisant un même élément : le mouvement ». Gageons que ses lecteurs, même les plus matérialistes, les plus rétifs au domaine religieux, seront conduits à reformuler leurs questions sur l’harmonie et le chaos, sur l’origine et le sens des choses.

                Nota bene. La mécanique des fluides n’a pas encore livré tous ses secrets, loin s’en faut. Des chercheurs viennent d’étudier le phénomène d’une goutte d’eau qui rebondit à la surface d’un liquide grâce à une oscillation et qui se met en mouvement, toujours en surface, heurtant l’une de ses congénères, se prenant à tourner autour d’elle comme un satellite ou la capturant dans son orbite. Quelle aurait été la lecture de ces phénomènes par Théodore Schwenk ? Une investigation scientifique vaut bien un roman à suspense.

 

 

 

 

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