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LA PHILOSOPHIE DU TAO

Alan Watts

 

                Les modes passent, mais faut-il nier par orgueil y avoir succombé dans sa jeunesse ? Elles sont idiotes, même dans le domaine de la littérature et de la philosophie. Il faut changer pour changer ! clame le commerce. On nous dégote de nouveaux auteurs pas mieux dégourdis que les anciens et on chasse des mémoires ceux qui pourraient encore rendre des services. Alan Watts est l'un de ces derniers, bienvenu à notre époque où les hommes, coupés de leurs racines civilisatrices, recherchent à tâtons une voie de transcendance.

                La vulgarisation des religions orientales dans les années 1960 et 70, chargée de folklore, d'exotisme et du désir malsain de jeter son propre héritage aux orties, a permis, dans le meilleur des cas, de mettre en relief, avec distance, la vision du monde occidentale dont nous sommes pétris et de redécouvrir nos richesses indigènes. Alan Watts, « philosophe en liberté », a joué son rôle dans cette enquête. Il a su dédramatiser, déculpabiliser la vie spirituelle engluée parfois dans un réseau d'habitudes et de règles vidées de sens. Son humour a fait péter les coutures de nos vêtements trop rigides, il a vaincu nos réticences pour nous redonner le goût d'une aventure joyeuse et « cosmique ».

                Sa méthode n'est certes pas sans danger. Tout paraît si simple avec lui ! Pour un peu, on se verrait affranchi de toutes les contraintes par un coup de baguette magique. Même s'il répète jusqu'à satiété que c'est en nous délestant de la volonté de réussir, d'atteindre un but, que nous devenons ce que nous sommes, il laisse accroire malgré lui que l'engagement dans une tradition serait facultatif et que nous pourrions nous en sortir par nous-mêmes. Nous tombons facilement dans ce piège, avec ferveur et satisfaction, pour faire l'économie d'une lente et fastidieuse mise à nu. Oui, c'est après bien des efforts, vains mais non pas inutiles, que l'on renonce à acquérir une quelconque sainteté. Alors, peut-être, reconnaissant notre faiblesse, nous entendons une voix qui nous appelle et nous entrevoyons une lumière qui soudain nous éblouit.

                Si ce type d'exploration vous stimule, les conférences réunies dans la Philosophie du Tao sauront à la fois vous satisfaire et aiguiser votre appétit. Puis, si vous avez très faim et si les nourritures plus consistantes vous conviennent, lisez donc l'œuvre de Tchouang-Tseu, ce docteur ès taoïsmes de l'antiquité chinoise, et lisez aussi, dans la foulée, les Confessions de saint Augustin. De toute façon, il vous faudra à un moment ou à un autre fermer les livres et, comme le disait Alan Watts, abandonner votre véhicule sur le bas-côté et continuer à pied dans ce vaste monde, en cet organisme vivant qui respire et qui pense.

 

 

 

 

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